Bruxelles vu par les yeux de Sébastien Nagy

Le jeune photographe bruxellois Sébastien Nagy expose pour la première fois à Destelheide. Les clichés qu'il prend de notre capitale depuis de grandes hauteurs nous épatent non seulement de par les situations dangereuses dans lesquelles il doit s'aventurer, mais aussi au vu des panoramas magnifiques qu'il capte avec son appareil. Visitez son exposition à Destelheide et découvrez Bruxelles comme vous ne l'avez encore jamais vue !

Nous avons rencontré Sébastien Nagy dans un café bruxellois. Ce jeune photographe fait déjà tellement parler de lui que nous ne pouvons que lui prédire un avenir prometteur. Ainsi, TV Brussel a réalisé un reportage sur lui l'année passée ; un premier livre sera publié à son sujet dans le courant de 2016 ; et ce printemps, il expose pour la première fois... à Destelheide !

Bonjour Sébastien ! Comment décririez-vous votre style de photographie ?

Sébastien Nagy : « Je suis avant tout un passionné de rooftopping, qui désigne la “photographie depuis les plus hauts toits”. Il s'agit d'une branche du courant artistique Urbex, qui est la contraction d'urban exploration (ou exploration urbaine). Je trouve des points de vue un peu partout dans la capitale : en haut de bâtiments élevés, sur des sites abandonnés, dans des lieux où personne ne va... J'ai recréé une grande partie de la carte géographique de Bruxelles de cette façon. »

« En soi, ce que je fais n'a rien d'unique – quelques autres photographes pratiquent le même art –, mais il existe une réelle niche dans notre pays. Évidemment, cela bouge pas mal dans ce domaine au niveau mondial et les photographes adeptes de rooftopping à Paris ou New York sont très suivis. »

« Parfois, des photographes débutants me demandent s'ils peuvent m'accompagner, car ils voudraient découvrir de nouveaux lieux. En général, je refuse. Dans mon art, la recherche d'endroits particuliers est au moins aussi importante que la photographie en tant que telle. C'est pourquoi je ne dévoile pas facilement mes secrets. À l'inverse, lorsque je vois le travail d'autres photographes bruxellois pratiquant le rooftopping, je peux souvent dire avec précision depuis quels endroits ils ont pris leurs clichés. »

Que Bruxelles a-t-elle de particulier selon vous ?

« J'ai en quelque sorte un rapport d'amour-haine avec Bruxelles. Par ailleurs, je ne photographie pas uniquement notre capitale. Dernièrement, je me suis rendu à Paris et à Copenhague pour y prendre des photos et en 2016, j'ai l'intention de visiter une grande ville chaque mois. C'est surtout le concept “urbain” qui me fascine. J'aime les hauts immeubles, l'architecture impressionnante, les formes géométriques, etc. Ce n'est pas pour rien que les environs de Bruxelles-Nord sont mon lieu de prédilection. C'est l'un des rares endroits où il y a de véritables buildings, une sorte de petit Manhattan. Quand le soleil se reflète sur le verre de ces immeubles, les effets sont magnifiques. »

« La lumière est très importante pour moi. J'attends toujours le bon moment pendant la journée pour prendre mes photos. Évidemment, il faut aussi parfois avoir un coup de chance. Par exemple, vous pouvez voir sur l'une de mes photos qu'une partie de la ville est encore ensoleillée, tandis que l'autre est assombrie par un gros nuage d'orage et qu'il pleut déjà. Une autre fois, j'ai pu accéder au toit de la Basilique de Koekelberg et un superbe arc-en-ciel s'est formé à ce moment-là. »

Observez-vous une évolution dans vos photos ?

« Oui, absolument. Cela ne fait pas si longtemps que j'ai été mordu par le virus de la photographie. Chaque mois, je fais d'énormes progrès. J'explore aussi de nouveaux horizons. Je suis ainsi très satisfait de certains clichés que j'ai pris des échauffourées à la fin de la grande manifestation à Bruxelles. Sur ces photos, la fumée produit un résultat très intrigant. On dirait presque des peintures. Je m'intéresse donc à beaucoup de thèmes différents, mais je ne voulais pas tous les présenter en même temps à l'exposition de Destelheide. En concertation avec le scénographe Pieter Huybrechts, j'ai décidé de me concentrer surtout sur les photos de Bruxelles prises depuis les toits de la ville. »

Votre art est-il dangereux ? Demandez-vous toujours l'autorisation d'accéder aux sites ou agissez-vous clandestinement ?

« J'ai pris mes clichés depuis le toit de la Basilique de Koekelberg lors d'une visite guidée publique. Mais il est vrai qu'en général, je dois travailler clandestinement, car je sais qu'on ne m'autoriserait pas à le faire. Je me suis déjà retrouvé plusieurs fois face à des gardiens. Cependant, quand je leur explique ce que je fais et qu'ils comprennent que je n'ai pas de mauvaises intentions, ils se montrent conciliants et ne lâchent pas leur chien sur moi (il rit). »

« Une fois, j'ai vraiment eu affaire à la police. Je voulais photographier les nouveaux tunnels de la gare de Bruxelles-National-Aéroport et je m'étais introduit en catimini dans l'un de ces tunnels ferroviaires. Évidemment, ils sont truffés de caméras et après avoir seulement parcouru quelques mètres, la police m'appelait déjà. Me cacher aurait été trop dangereux et je me suis donc rendu. Finalement, j'ai été entendu par le tribunal. Heureusement, l'atmosphère y était très détendue et nous avons même regardé tous ensemble les clichés que j'avais pris dans le tunnel (il rit). Bientôt, je connaîtrai le montant de l'amende que je devrai payer. »

« En ce qui me concerne, prendre les plus grands risques ou me mettre dans des situations périlleuses n'est pas le plus important dans mon art. De nos jours, vous rencontrez beaucoup de casse-cous irresponsables qui se mettent en danger, par exemple en marchant sur le rebord de grues, afin de récolter un maximum de likes sur Internet. Quand je suis assis sur le toit d'un building et que mes jambes pendent dans le vide, vous ne verrez pas sur les clichés finaux que quelqu'un se trouve derrière moi et me tient à la taille ! Enfin, une de mes photos pourrait faire penser que j'ai jeté mon iPhone par-dessus le rebord. En réalité, le risque que j'ai pris est moins grand qu'il n'y paraît. Il s'agit en fait d'une combinaison de deux images différentes que j'ai superposées. Mon iPhone n'a donc jamais été mis en danger (il rit). »

Filip Tielens

EXPOSITION DE SÉBASTIEN NAGY

Quand ? De février à juin 2016

Où ? Hall d'entrée de Destelheide

Vernissage ? Le mercredi 17 février 2016 à 19h30. Tout le monde est bienvenu !

D'autres informations sur le profil d'Instagram de Sébastien! 

Cette exposition s'inscrit dans le cadre de la collaboration de Destelheide avec Bruxelles.